L’Allemagne sera une puissance mondiale ou ne sera pas.
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Qui ne possède pas la force perd le droit de vivre.
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Dans le combat, je vois le destin de toutes les créatures. Nul ne peut éviter de combattre s’il ne veut pas être soumis.
A. Hitler
L’Hadès avait ouvert ses portes et libéré ses esprits les plus vils, les plus méprisables et impurs.
C. Zuckmayer
On a assez dit que les triomphes et la chute de Hitler, et de l’Allemagne avec lui, tenaient de l’opéra wagnérien ; du Nid d’aigle, au-dessus de Berchtesgaden, le Führer tombe au sous-sol de Berlin et se tire une balle dans la tête près des cadavres empoisonnés de son épouse et de son chien, tandis que le Reich brûle sous des centaines de milliers de tonnes de bombes. Dans la pièce d’à côté, Goebbels fait administrer une dose de morphine à ses six enfants pour les endormir (âgés de quatre à douze ans), puis écrase dans la bouche de chacun d’eux une fiole d’acide prussique, avant de se suicider avec sa femme : on croirait à un fait-divers sordide des journaux d’enquêtes criminelles : ultime barbarie de ce régime de meurtriers. Avant cette fin pathétique, des victoires et des débâcles, des tueries, des délires ; après, la honte éternelle, et partout les décombres.
En 1936, pourtant, neuf années seulement avant l’apocalypse, Hitler impressionne l’Europe aux Jeux Olympiques. Cette Allemagne que l’on croyait à terre, humiliée par la défaite de 1918, étale sa puissance à la vue des nations européennes. Par l’adoption du plan quadriennal, elle manifeste clairement son intention de rivaliser de nouveau contre les forces soviétiques, françaises et britanniques. Elle signe des traités d’alliance avec le Japon et l’Italie. La plupart des Allemands, relève Ian Kershaw, ont soif de paix et de prospérité, et Hitler paraît avoir établi les bases de l’une et de l’autre (trad. P.-E. Dauzat). À la désastreuse république de Weimar a succédé l’autorité du gouvernement, au chômage massif et à la faillite économique, le travail et la reprise industrielle. Et les Allemands n’ont rien vu encore : après s’être assuré la domination sur l’armée, tirant profit de l’affaire Blomberg-Fritsch, Hitler annexe l’Autriche (Anschluss), signe les accords de Munich, s’empare du Memelland, envahit la Pologne, occupe le Danemark et la Norvège, puis la France. La Grande-Bretagne hésite à s’allier : Churchill met fin à ces tergiversations ; alors, le Führer, brisant le pacte germano-soviétique, attaque l’URSS afin de mieux affaiblir la puissance britannique (ce qui bat en brèche l’idée que Rudolf Hess aurait tenté de proposer la paix sur ordre secret d’Adolf Hitler). « La possibilité d’une intervention russe dans la guerre aidait les Anglais à tenir […]. Ils abandonneraient purement et simplement la lutte si ce dernier espoir continental était anéanti. » Le succès de l’opération Marita, contre les Balkans, achève de faire croire aux Allemands à leur propre invincibilité, et au génie de leur chef. Hitler regagne Berlin : pour la dernière fois, le seigneur de guerre rev[enait] triomphalement d’une victoire éclair obtenue à un coût minime.
Mais pourquoi tant d’agitation ? parce que les succès perpétuels, indispensables au régime, en assurent la survivance. Le nazisme, né d’une guerre perdue, ne trouve sa justification que dans sa volonté de « rejouer le match », en commençant par la mobilisation du peuple dans un effort de recréation perpétuelle de « l’esprit de 1914 ». La théorie du lebensraum (l’acquisition d’un espace vital à l’est, sur les terres du judéo-bolchevisme, censé assurer la prospérité de l’Allemagne), l’obsession de Hitler d’accomplir sa « mission » de son vivant (qui commence à l’emporter sur la froideur des calculs politiques au cours du printemps 1938), enfin des nécessités économiques, paradoxalement dues à l’effort de guerre, ajoutent de l’huile sur le feu à cette furie guerrière. Mais le péché originel, c’est le traité de Versailles.
Sur le plan international, le mélange hitlérien d’intimidation et de chantage n’aurait pu opérer sans la fragilité du règlement européen de l’après-guerre. Le traité de Versailles fut « l’aubaine des maîtres-chanteurs ». Il avait donné à Hitler la base de ses surenchères, lesquelles avaient connu une forte accélération dans les années 1938-1939. Il avait fourni une plate-forme à des troubles ethniques, que Hitler put exploiter sans difficulté, dans le chaudron de l’Europe centrale et orientale. Enfin, et ce n’est pas le moins important, il avait laissé subsister en Occident, et notamment en Grande-Bretagne, un fâcheux complexe de culpabilité. Hitler pouvait bien tempêter et exagérer ; ses méthodes étaient sans doute repoussantes ; mais n’y avait-il pas un fond de vérité dans ses propos ?
Irrespect de l’ennemi vaincu, le traité de Versailles a profondément humilié les Allemands, et justifié qu’ils portent sur le pavois un chef qui paraissait les sortir du chaos tout en désignant l’ennemi, le fauteur de tous les maux : le juif, capitaliste international et révolutionnaire bolchevique, organisateur des guerres. « Il faut offrir à l’ennemi vaincu, disait Napoléon, un pont d’or ou lui opposer un mur d’acier. » Le traité signé, il eût été nécessaire, à tout le moins, de l’imposer avec la plus grande rigueur, au lieu que d’en faire cette « aubaine des maîtres-chanteurs », par sentiment de culpabilité. Hitler en profite ; le peuple acclame son héros. Les intellectuels, écrit Kershaw, le méprisent, les conservateurs déplorent sa vulgarité, les libéraux s’épouvantent de sa brutalité : il n’empêche : en cette veille de seconde guerre mondiale, Hitler demeure le chef de gouvernement le plus populaire en Europe. Lui, personnifiant bientôt toute l’administration, s’en désintéresse largement, laissant se dérouler sous ses pieds cette guerre hobbésienne et permanente de « tous contre tous », dans une espèce d’anarchie autoritaire. Car d’un point de vue administratif, la désintégration de la machine gouvernementale caractérise le régime hitlérien ; tout tourne autour du Führer, qui, depuis ses hauteurs olympiennes, ne tranche qu’en dernier recours, se rangeant alors aux côtés des vainqueurs de la lutte darwinienne. Quelques chiffres donnent une idée de ce chaos administratif au milieu d’un magma d’autorités rivales : en 1941, soixante-douze textes seulement (législatifs ou réglementaires), sur quatre cent quarante-cinq, représentent un semblant d’élaboration interministérielle de la ligne politique. Le reste émane des différents ministères, sans autre consultation.
Donc, le régime, dans son ensemble, repose sur les épaules (fragiles) du dilettante antisémite et raciste Adolf Hitler. Comment un tel prodige ? mais grâce à l’adhésion massive à sa personne, depuis les chefs de la Wehrmacht et les capitaines d’industrie jusqu’aux hommes de peine du parti, aux larbins de la bureaucratie et aux Allemands ordinaires — adhésion résultant de ses premiers succès foudroyants, lesquels tiennent au moins autant à sa puissance de volonté qu’à la lâcheté des vainqueurs de 1918. Cette vaste complicité n’a duré qu’un temps, croirait-on ingénument ; que nenni ! le lendemain de l’attentat de Stauffenberg, qui a lieu le 20 juillet 1944, un rapport fait état de réactions uniformes à travers le peuple allemand tout entier : « vive consternation, choc, indignation profonde et fureur ». Pire encore, au début des années 1950, encore un tiers des personnes interrogées, suivant les enquêtes d’opinion, persistaient à réprouver la tentative d’assassinat du 20 juillet 1944. Mais le culte de la personne, la concentration extrême des pouvoirs entre les mains d’un seul homme ne pouvaient qu’entraîner la ruine de l’État, et l’autoritarisme le plus barbare ; d’autant que Hitler ne brille ni par sa compassion, ni par sa force de travail. Ainsi, en même temps qu’il excite les gauleiter au génocide et déclare la guerre au monde, il s’isole à la Tanière du loup, comme effrayé de contempler les conséquences de ses horribles décrets. Cette absence de vision directe peut expliquer, au moins en partie, la radicalité des instructions : jamais, observe I. Kershaw, Hitler ne visita un hôpital de campagne ni des sans-foyers après des raids aériens. Il ne vit aucun massacre, ne s’approcha d’aucun camp de concentration ni d’aucune enceinte de prisonniers de guerre faméliques. Jamais il ne s’entretient avec les soldats. Jamais il ne les interroge. Après le bombardement de Hambourg, alors que le gauleiter Karl Kaufmann le prie maintes fois de visiter les ruines de la deuxième ville d’Allemagne, il refuse de se déplacer. Il refuse même d’accueillir une délégation de ceux qui ont accompli des prouesses dans les services d’urgence.
Et pourtant, sans le double péché du racisme et de l’anti judéo-bolchevisme, l’hitlérisme eût été précurseur. Le Führer prône la gratuité de l’enseignement et la promotion au mérite, les congés annuels pour les travailleurs, l’égalité des conditions (il réprouvait l’existence de différentes classes de passagers sur les bateaux de croisière. Et il approuvait l’introduction du même menu pour les officiers et les hommes de troupe dans l’armée de terre). Il croit aux bienfaits de la technologie moderne, envisageant des serres chauffées à la vapeur, voyant dans l’automobile le moyen de transport de l’avenir par excellence. Hélas, ce beau programme, qui eût fait la grandeur de l’Allemagne sans les crimes de guerre et les génocides, passe après la lutte des races. La prospérité et la puissance seraient assurées par la nouvelle race des surhommes piétinant les masses slaves. Dans la politique hitlérienne, la nation doit dominer, et la domination émerge du combat (kampf). Ainsi, Hitler ne s’engage dans la guerre civile espagnole que pour contrer les bolcheviques, supposés obéir à un « QG révolutionnaire juif international sis à Moscou ». Jusqu’à sa mort (lire son testament), il vitupère contre le capitalisme juif international, révolutionnaire, bolchevique et va-t-en-guerre (quand il a toujours de sa propre initiative déclaré la guerre au monde !). « … Dans la nature, confie-t-il à Goebbels, la vie travaille toujours immédiatement contre les parasites ; dans l’existence des peuples, ce n’est pas exclusivement le cas. De là vient le danger juif. Les peuples modernes n’ont donc d’autre solution que d’exterminer les Juifs. » Le 30 janvier 1939, devant le Reichstag, il promet que si la juiverie internationale veut déclencher une guerre mondiale pour bolcheviser le monde, il en résultera son propre anéantissement : « Aujourd’hui encore, je serai un prophète. Si la finance juive internationale, en Europe et hors d’Europe, devait parvenir à précipiter les peuples dans une guerre mondiale, alors le résultat ne serait pas la bolchevisation du monde, donc la victoire de la juiverie, mais l’anéantissement de la race juive ! » Puis, Hitler sait à quoi tient son pouvoir, et qu’il ne survivra pas à la défaite de son peuple (Je tiendrai ou je tomberai au cours de cette lutte). À partir de 1940, observe Kershaw, l’élimination des Juifs et la réalisation du lebensraum passent au centre de ses préoccupations. Et l’horreur n’en finit plus. Ordre est donné (Hitler ? Keitel ?), dans le cadre de l’opération Barbarossa, de liquider tous les fonctionnaires du système soviétique. Cet édit s’inscrivait dans une série d’ordres sur la conduite de la guerre à l’Est (au sein du cadre définit par Hitler dans son discours du 30 mars) donnés par les commandements suprêmes de l’armée de terre et de la Wehrmacht. L’inspiration venait de Hitler. Mais la mise en œuvre fut le fait des chefs militaires — et de leurs conseillers juridiques — tous empressés d’exaucer ses désirs. Véritable permis de tuer, cet édit permet de facto le meurtre des civils en dehors de toute juridiction des tribunaux militaires. Les Einsatzgruppen, dirigés par Heydrich, qui accompagnent l’armée de terre en Union soviétique, exterminent les populations.
L’invasion ratée de l’Union soviétique par l’armée allemande arrête net les projets mégalomaniaques et assassins du dictateur. Le 22 juin 1941, cent vingt-neuf ans jour pour jour après la déclaration de guerre de l’empereur Napoléon au tsar Alexandre, l’armée allemande franchit la frontière russe. Hitler espère assurer le lebensraum, détruire le judéo-bolchevisme, affaiblir l’Angleterre ; mais Staline proclame la « grande guerre patriotique », et les opérations s’enlisent.
La cascade de problèmes que connut Barbarossa fut en définitive la conséquence d’une calamiteuse erreur de calcul qui avait fait croire que l’Union soviétique s’effondrerait comme un château de cartes à la suite d’un Blitzkrieg reposant sur des postulats hautement optimistes, une grossière sous-estimation de l’ennemi et des ressources extrêmement limitées. Ce fut une erreur de calcul de Hitler, mais que partagèrent ses chefs militaires.
Hitler, enfermé à la Tanière du loup, s’isole de plus en plus. Dehors, l’État se désagrège, la radicalité augmente, la popularité du Führer décroît sensiblement. Les nazis occupent le sud de la France, envahissent la Hongrie ; mais les États-Unis entrent en guerre, et Rommel ne peut défendre plus longtemps l’Afrique du nord ; à Stalingrad, les soviétiques obtiennent sur la Wehrmacht une victoire décisive. Tandis que Mussolini tombe en Italie, Hambourg disparaît sous une pluie de feu. Entre juin et septembre [1944], la Wehrmacht perdit sur tous les fronts plus d’un million d’hommes (tués, prisonniers ou disparus). Les pertes en chars, mitrailleuses, avions et autres armements prirent des proportions incalculables. Dans les airs, sur les mers, c’est partout la débâcle. En quatre mois et demi, alors qu’approche la fin de la guerre, presque cinq cent mille tonnes de bombes sont larguées sur l’Allemagne. Une capitulation eût sauvé des centaines de milliers de vie ; mais Hitler déclare la guerre totale. « Semblable effondrement, explique-t-il à Goebbels, ne saurait avoir pour cause que la faiblesse du peuple. Mais si le peuple allemand se révélait faible, il ne mériterait rien d’autre que d’être anéanti par un peuple plus fort ; on ne saurait alors avoir de compassion pour lui. » Dès lors, l’Allemagne doit triompher ou disparaître. La lutte prend une dimension wagnérienne : dans sa vision manichéenne du monde, le combat à mort entre les forces du mal — la race aryenne et les Juifs — atteignait son apogée. Alors qu’il ne reste plus que quelques provinces à défendre, et que le rapport de forces ne laisse aucun doute quant à l’issue prochaine, Hitler jure à Below qu’il ne capitulera pas : « Nous pouvons sombrer. Mais nous emporterons un monde avec nous. » La fin de vie de Hitler serre le cœur. Car sauf à raisonner comme un nazi, on ne peut qu’éprouver de la compassion pour la souffrance humaine, même celle du bourreau : c’est la compassion du jeune Russe dans l’œuvre de Klimov (Requiem pour un massacre), qui ne peut se résoudre à tirer sur l’enfant Hitler : elle témoigne de son humanité.
« J’ai honte d’être un Allemand ». Cette inscription taguée sur le Feldherrnhalle de Munich, à côté des mentions de Dachau, Velden et Buchenwald, est tout ce qui restera des vestiges de l’hitlérisme. Voici la honte : après l’Anschluss, Vienne, écrit Carl Zuckmayer, s’était transformée « en un cauchemar de Jérôme Bosch ». Les tortionnaires obligent les Juifs à récurer les trottoirs en « escouades de nettoyage », sous la surveillance des badauds. Himmler, la SS, les Einsatzgruppen les persécutent. Le pogrom de la nuit de cristal répond comme en écho à la nuit des longs couteaux : la nuit est le royaume des criminels. La sauvagerie des SS, en Pologne où 90 % de la population juive est exterminée, dégoûte les commandants de l’armée de terre. Du coup, les dirigeants nazis se plaignirent de « l’incompréhension » de l’armée face aux exigences du « combat racial ». Mais Hitler confie à Goebbels qu’il trouve l’armée « trop molle et accommodante » : alors, la police reçoit carte blanche, et la « purification ethnique » prend une ampleur qu’on ne lui avait jamais connue dans le Reich lui-même. Forster à Dantzig et en Prusse-Occidentale, Greiser dans le Warthegau, Frank dans le gouvernement général, d’autres encore « travaillent en direction du Führer » : des directives précises ne sont pas nécessaires : les exterminations succèdent aux déportations. Terrible anecdote, le 15 août 1941, Himmler assiste à une exécution de masse près de Minsk, en Biélorussie : des bouts de cervelles tachent son uniforme : il défaille ; alors, plutôt que de faire cesser cette abomination, il préconise l’usage des chambres à gaz, afin de mieux préserver la santé mentale des exécuteurs. On pourrait encore longtemps énumérer ces actes de barbarie : l’Aktion T4 (le régime s’était engagé dans la criminalité pure et simple), le massacre de Babi Yar… La vitesse et l’ampleur de l’escalade attestent que Hitler avait autorisé à liquider dans les diverses régions de l’Est les centaines de milliers de Juifs qui n’étaient pas en état de travailler. Fin 1942, quatre millions de Juifs ont déjà perdu la vie.
On ne saurait dire jusqu’où Hitler voulait être informé dans les détails ni ce qu’on lui disait exactement. Il est cependant un signe, à tout le moins, qu’il était au courant du carnage d’une multitude de Juifs : fin 1942, en effet, Himmler avait fait compiler à son intention un rapport avec des statistiques sur les Juifs « exécutés » en Russie méridionale en raison de leurs prétendus liens avec des activités de « brigandage ». […] Sous la rubrique de ceux qui aidaient les « bandes » ou qu’on soupçonnait d’accointances, était indiqué le chiffre de 363 211 « Juifs exécutés ». Le lien avec les activités subversives relevait manifestement de la dissimulation.
Quatre mois plus tard, Himmler transmet à Hitler un rapport sur la « solution finale de la question juive » (le langage codé sert à dissimuler les crimes dont les nazis ont toujours su qu’ils se rendaient coupables). À l’automne 1943, au terme de « l’Aktion Reinhardt », un million et demi de Juifs ont trouvé la mort dans les chambres à gaz des camps d’extermination de Belzec, Sobibor, Treblinka, dans l’est de la Pologne. Les dirigeants SS en veulent toujours plus ; et le 4 octobre, le Reichsführer-SS, Heinrich Himmler, évoque clairement la Shoah, le massacre des Juifs, à Posen, capitale du « Warthegau » : « page glorieuse de notre histoire, qui n’a jamais été écrite et ne saurait jamais l’être »…
Les chiffres des pertes civiles et militaires font tourner la tête. Cette histoire a l’air du vieux récit d’une mythologie chaotique, comme une incarnation tragique de la Völuspá (« temps des haches et des épées, des boucliers fendus, des tempêtes et des loups, avant que le monde s’effondre ») ; elle a moins d’un siècle, pourtant. Rudolf Hess est mort en 1987, Klaus Barbie en 1991 ; Leni Riefenstahl, propagandiste du IIIè Reich, réalisatrice du Triomphe de la volonté, en 2003 (!). L’historienne Katrin Himmler n’est que la petite-nièce de Heinrich Himmler ; et le petit-fils de Rudolf Höss, commandant d’Auschwitz-Birkenau, donne régulièrement des interviews à la presse. Notre ambition, a dit Hitler à Goebbels le 11 mars 1945, « Jour du Souvenir des Héros », doit être aussi, à notre époque, de donner aux générations futures un exemple vers lequel elles puissent se tourner dans des crises et des tourments similaires, de même que nous nous tournons aujourd’hui vers les héros passés de l’Histoire. Mais son souvenir n’inspire au monde que honte et dégoût ; et s’il est resté un exemple dans l’Histoire, c’est du mal absolu, et de tout ce à quoi l’humanité doit échapper.