Percy Bysshe Shelley par Alfred Clint, 1819
Percy Bysshe Shelley par Alfred Clint, 1819

Ozymandias


I met a traveller from an antique land
Who said : Two vast and trunkless legs of stone
Stand in the desert. Near them, on the sand,
Half sunk, a shattered visage lies, whose frown,

And wrinkled lip, and sneer of cold command,
Tell that its sculptor well those passions read
Which yet survive, stamped on these lifeless things,
The hand that mocked them and the heart that fed :

And on the pedestal these words appear :
« My name is Ozymandias, king of kings :
Look on my works, ye Mighty, and despair ! »

Nothing beside remains. Round the decay
Of that colossal wreck, boundless and bare
The lone and level sands stretch far away.

 

Qu’as-tu vu, voyageur, qui reviens de l’antique royaume ?

Une immense arche de pierre se dressait, debout, au milieu du désert : c’étaient les jambes d’une statue, mais elles ne portaient plus le reste du corps ; non loin, à demi enfoui sous les sables, gisait une face brisée : et celui qui la sculpta avait su rendre parfaitement, par les sourcils froncés, la lèvre plissée, l’air d’une glaciale autorité, les vertus que sans doute elle jugeait dignes alors ; car elles survivent, gravées dans le marbre inanimé, à la main qui les simula, à l’esprit qui les vivifia.

Et sur le piédestal on pouvait lire : « Ozymandias, roi des rois. Ô étranger, si tu te crois puissant, contemple mes œuvres, et désole-toi ! »

Mais, à côté, il ne restait rien ; et tout autour des débris de cette ruine colossale, le désert, égal, solitaire et nu, s’étirait sur des espaces infinis.

P. B. Shelley