Quelques conseils de Montesquieu, aux écrivains

Portrait de Montesquieu, de profil, par Jacques-Antoine Dassier, huile sur toile, coll. Musée de l'Histoire de France et château de Versailles
Portrait de Montesquieu, de profil, par Jacques-Antoine Dassier, huile sur toile, coll. Musée de l'Histoire de France et château de Versailles

Point de grand article ici, juste quelques conseils, en passant, du célèbre philosophe (dont le style fut admiré par Flaubert), aux écrivains, si nombreux de nos jours. Ils sont tous tirés de ses Pensées.
J’écrirai prochainement un article plus long sur Montesquieu ; il suivra celui que j’aurai rédigé sur les Mystères de Paris, d’Eugène Sue.
Le lecteur curieux pourra lire également les conseils de Baudelaire aux jeunes littérateurs : lien.

« Il faut toujours prendre un bon sujet : l’esprit que vous mettez dans un mauvais sujet est comme l’or que vous mettriez dans l’habit d’un mendiant ; au lieu qu’un bon sujet semble vous élever sur ses ailes. »

« On gagne beaucoup dans le monde ; on gagne beaucoup dans son cabinet. Dans son cabinet, on apprend à écrire avec ordre, à raisonner juste, et à bien former ses raisonnements : le silence où l’on est fait qu’on peut donner de la suite à ce qu’on pense. Dans le monde, au contraire, on apprend à imaginer ; on heurte tant de sujets dans les conversations que l’on imagine des choses ; on y voit les hommes comme agréables et comme gais ; on y est pensant par la raison qu’on ne pense pas, c’est-à-dire que l’on a les idées du hasard, qui sont souvent les bonnes.
L’esprit de conversation est un esprit particulier, qui consiste dans des raisonnements et des déraisonnements courts. »

« On doit rendre aux auteurs qui nous ont paru originaux dans plusieurs endroits de leurs ouvrages, cette justice qu’ils ne se sont pas abaissés jusques à descendre à la qualité de copistes. »

« Vous voyez que les vers rimés se trouvent toujours lorsque l’on commence à sortir de la première barbarie. »

« La belle prose est comme un fleuve majestueux qui roule ses eaux, et les beaux vers, comme un jet d’eau qui jaillit par force : il sort de l’embarras des vers quelque chose qui plaît. »

« Donner des images bien sensibles fait la force ; donner des idées tirées des conceptions de l’âme fait la finesse. »

« Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour n’être pas ennuyeux ; pas trop, de peur de n’être pas entendu. Ce sont ces suppressions heureuses qui ont fait dire à M. Nicole que tous les bons livres étaient doubles. »

« Le style enflé et emphatique est si bien le plus aisé que, si vous voyez une nation sortir de la barbarie, comme, par exemple, les Portugais, d’abord vous verrez que leur style donnera dans le sublime, et ensuite ils descendront au naïf. La difficulté du naïf, c’est que le bas le côtoie. Mais il y a une distance infinie du sublime au naïf et du sublime au galimatias. »

« Il ne faut pas que, dans un ouvrage, l’ironie soit continuée : elle ne surprend plus. »

« Il ne faut pas mettre du vinaigre dans ses écrits ; il faut y mettre du sel. »

« Les auteurs s’usent toujours ; ils ont trois manières, comme les peintres : celle de leur maître, qui est celle du collège ; celle de leur génie, qui leur fait faire de bons ouvrages ; et celle de l’art, que l’on appelle dans les peintres manière. »

« Bien des professions se détruisent par l’imitation : les orateurs se sont perdus en imitant les poètes, comme les sculpteurs se sont perdus en copiant les peintres. »

« Un ouvrage original en fait presque toujours construire cinq ou six cents autres ; ces derniers se servant du premier à peu près comme les géomètres se servent de leurs formules. »

« M. de Fontenelle dit fort bien : « Les bons styles en forment de mauvais. » »

« Il y a dans les arts, et surtout dans la poésie, de certaines félicités que l’on ne rattrape point. »

« Ceux qui font des digressions croient être comme ces hommes qui ont de grands bras, et qui atteignent plus loin. »

« Je vois des gens qui s’effarouchent à la moindre digression, et, moi, je crois que ceux qui savent en faire sont comme les hommes qui ont de grands bras, et qui atteignent plus loin. »

« Un auteur qui écrit beaucoup se considère comme un géant et regarde ceux qui écrivent peu comme des pygmées : il juge qu’un homme qui n’a fait qu’une centaine de pages de bon sens est un homme commun, qui a fait en toute sa vie l’ouvrage d’un jour. »

À bon entendeur !

 

Lecture conseillée

  • Montesquieu, Pensées, in Œuvres complètes, tome 1, Paris, éd. Gallimard, coll. « Pléiade », 1949

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